31 janvier 2002
Trio Fibonacci
Chiffre magique
Réjean Beaucage
Le mathématicien du 13e siècle Leonardo Fibonacci, mieux
connu à l'époque sous le nom de Leonardo Pisano (eh oui, Léonard de Pise), est célèbre entre autres choses pour avoir découvert
une suite dans laquelle un chiffre donné est toujours la somme des deux chiffres qui le précèdent. Ça semble futile comme
ça, mais lorsqu'on prend le temps de s'y arrêter, ce n'est pas rien. Parce que dans cette suite, n'importe quel chiffre divisé
par celui qui le précède ne révèle rien de moins que le fameux nombre d'or, cher aux artistes comme aux scientifiques.
Fibonacci est plutôt connu aujourd'hui pour avoir prêté
son nom à un trio montréalais qui n'a encore que quatre printemps et affiche pourtant déjà une belle feuille de route. Le
trio parcourait l'Europe en octobre, l'Amérique du Sud en novembre, et sera à New York en février avant d'entreprendre une
tournée canadienne en mars; au mois de mai, les destinations seront la Chine et le Japon. On aura tout de même une chance
de voir le trio Fibonacci à Montréal, ce 31 janvier. C'est à un programme de musique soviétique que nous sommes conviés: un
duo pour violoncelle et piano de Galina Ustvolskaya (de 1959) et deux trios d'Alfred Schnittke (1985) et Edison Denissov (1971).
Le trio Fibonacci forme un rare concentré de talent. Originaire
d'Angleterre, le violoncelliste du groupe est Gabriel Prynn. La violoniste Julie-Anne Derome accumule les distinctions depuis
sa sortie avec un Premier Prix du Conservatoire de musique de Montréal en 1991. Le disque "Solo", paru chez Atma, nous permet
d'apprécier son jeu dans une sélection d'oeuvres de Berio, Göritz, Lesage, Stravinski et Boulez, duquel elle interprète Anthèmes,
une pièce qui lui valut en 1992 un prix spécial du jury à la prestigieuse compétition Yehudi Menuhin. Le pianiste André Ristic,
également sorti du Conservatoire, est ensuite passé par l'UQAM pour y étudier les mathématiques et la microélectronique. En
plus de cela, Ristic est un compositeur en pleine lancée, récemment récompensé par le Prix Opus du compositeur de l'année
et par le Prix Québec/Flandre.
Un premier disque du trio Fibonacci est paru à la fin
de l'année dernière. Entièrement consacré à la musique du compositeur anglais Jonathan Harvey, l'album offre non seulement
une bonne idée du travail de ce compositeur, mais aussi un très beau portrait du trio et de ses sous-ensembles. Harvey est
passé par l'IRCAM au début des années 80 et en a gardé un goût pour la musique électroacoustique qu'il arrive à faire passer
même dans sa musique instrumentale grâce, sans doute, à des prouesses de la part des interprètes. Deux pièces mixtes sont
au programme: Advaya, pour violoncelle et traitements électroniques (servis par Patrice Coulombe) et un Tombeau
de Messiaen microtonal, pour piano et bande. Le trio ne se rassemble que pour Piano Trio, une oeuvre qui démontre
une cohésion étourdissante chez les interprètes. Quatre des oeuvres présentées ici sont des premiers enregistrements. Pour
le trio Fibonacci, c'est un premier disque d'une grande qualité qui commence vraiment bien une discographie!
Réminiscences soviétiques:
le 31 janvier, à la Chapelle historique du Bon-Pasteur.